SOCIALISTES & EUROPÉENS

Compte-rendu de la réunion de juillet 2011

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– Sections représentées : Castanet, Cintegabelle, Beauzelle, Montgiscard, Toulouse 1 et 2, Saint-Orens-de-Gameville.
– Intervenants : Guy David et Alem Surre-Garcia.

L’occitan : un passé riche et une actualité culturelle forte

L’histoire de la langue occitane est fort brillante. Fils d’Aliénor d’Aquitaine, Richard Coeur de Lion parle gascon comme la cour des rois d’Angleterre et seigneurs légitimes d’Aquitaine. Durant la papauté d’Avignon, à la Curie, le latin est la langue de travail, mais on y parle provençal. Fondateur du Félibrige, Frédéric Mistral, reçoit en 1904 le Prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre en provençal. La langue d’oc est une langue unie qui se divise en trois grandes aires dialectales : le nord-occitan (limousin, auvergnat, vivaro-alpin), l’occitan moyen, qui est le plus proche de la langue médiévale (languedocien et provençal au sens restreint), et le gascon (à l’ouest de la Garonne). Elle recoupe 32 départements, 8 régions administratives françaises ainsi que le Val d’Aran (Catalogne) et les vallées occitanes du Piémont et de Ligurie (Italie).

Si la pratique de la langue occitane connaît des difficulté, le mouvement culturel se fortifie. De plus en plus d’enfants apprennent l’occitan à l’école. En Haute-Garonne, 2 conseillers pédagogiques animent le réseau des enseignants. Pour le Basque, 20 conseillers se concentrent sur un territoire moitié moins grand. Les manifestations « Anem Òc ! per la lenga occitana ! » connaissent une participation nombreuse. 20 000 à Béziers en 2005 et autant à Carcassonne en 2007 et en 2009. Le 31 mars 2012, des dizaines de milliers de personnes se rassembleront à Toulouse en faveur de la langue occitane à l’appel de plusieurs grandes organisations culturelles tandis que d’autres langues de France (basques, bretons, catalans…), manifesteront également ce même jour dans leur région, avec des revendications communes.

La gauche et les langues régionales

Parmi les 110 propositions de la campagne de François Mitterrand, la 56e stipule que « la promotion des identités régionales sera encouragée, les langues et cultures minoritaires respectées et enseignées. » Dans l’ouvrage « La France au pluriel ? », il est rappelé que la victoire de mai 1981 a constitué pour la majeure partie des occitanistes une merveilleuse surprise. L’arrivée au pouvoir d’un parti ami qui avait fait des promesses précises était un bon présage. La réalité fut plus difficile. Il faut attendre 1988 pour que Lionel Jospin, ministre de l’Éducation nationale, crée le concours du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES) d’occitan-langue d’oc. 12 postes sont ouverts contre 4 en 2011 et plus aucun en 2012. Entre octobre 1997 et avril 1998, Nicole Péry, originaire de Bayonne, est nommée auprès de Lionel Jospin, Premier ministre, chargée de mission pour les langues et cultures régionales. Avec Bernard Poignant, elle rédige un rapport sur la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires pour permettre au gouvernement de signer la Charte. Depuis sa signature en 1999, la France n’a pas ratifié la Charte. Ses engagements pour protéger et promouvoir les langues régionales sont donc restés lettre morte. La France et la Grèce sont les deux pays les plus rétrogrades pour les langues régionales.

Cependant, depuis un certain temps, le Ps est muet sur ces questions. Pourtant, la réalité occitane existe : groupes musicaux, acteurs culturels et écrivains publient, diffusent. A côté de ce bouillonnement culturel, il existe un besoin pour la gauche en général et pour les socialistes en particulier de reprendre la parole. Les élus locaux, départementaux, régionaux et communaux encouragent et réalisent au sein de leurs institutions un travail qui est loin d’être négligeable. Il existe cependant une question qui porte sur notre responsabilité historique pour faire que cette culture ne meure pas.

Les langues régionales : histoire d’un décentrement

Nous sommes dans une société où nous ne nous posons pas toutes les questions. Notre agenda est dominé par une actualité qui nous échappe et dans laquelle la question des langues régionales n’apparaît pas. Il est des évidences qui n’en sont pas et des sujets qui échappent au débat public.

Au Conseil régional, Alem Surre-Garcia a tenté de faire évoluer les politiques et l’administration dans un contexte pas toujours évident. Contre une vision folklorique et morcelée, il s’est agi de faire passer la question de l’occitan d’une question locale à une question régionale. La personnalité de Midi-Pyrénées est partie intégrante de l’identité occitane. Au-delà, il a été possible de penser l’occitan comme une question inter-régionale, frontalière et européenne. L’isthme occitan est un carrefour entre Méditerranée et Atlantique, d’une part, et entre France du nord et monde ibérique ou Europe du nord et Maghreb, d’autre part. Les Pyrénées sont des montagnes de passage. Les cols s’appellent ports et les Maures appelaient les Pyrénées, « Djebel el-Bor- tât ».

Aujourd’hui, nous avons du mal à nous défaire d’une culture républicaine où l’enseignement des frontières naturelles et la forme parfaite de l’hexagone se sont progressivement imposés en 150 ans. Les passages ont une qualité qui fait que ce sont des articulations. Des articulations dont nous manquons dans notre République. Bien plus que de muscles, la démocratie a pourtant un réel besoin d’articulations pour se développer. Les articulations sont des outils efficaces pour permettent de s’adapter. Sans articulation, nous voyons que nous sommes plus faibles pour entrer dans l’ère de la mondialisation ou pour nous adapter à la nouvelle donne internationale car nous manquons de souplesse. Nous sommes désavantagés par rapport à d’autres peuples européens pour créer, inventer et innover. Il nous manque un climat de confiance.Au lieu de cela, nous avons peur des autres, de l’entrée de la Turquie en Europe et nous nous crispons sur une vision identitaire exclusive. La supériorité et l’infériorité des cultures entre elles est un héritage de l’histoire de notre empire colonial. Sans articulation entre peuples et cultures de respectabilité équivalente, il y a un blocage. Nous devons faire l’apprentissage de l’autonomie. Le fédéralisme, mot tabou en France, est sans doute une piste pour l’autonomie et le dégrippage nécessaire.

L’histoire récente nous apprend que nous ne sommes plus au centre du monde. Ce n’est pas une catastrophe en soi. Il n’y a pas d’obligation à s’assimiler à une nouvelle culture dominante ni de raison de défendre l’assimilation.

La position de la France au centre de l’Europe est une richesse. Le déblocage mental qui ferait, en plus de la connaissance du français, de l’apprentissage des langues régionales ou des langues d’origine des nouveaux arrivants une priorité serait une chance. Jean Jaurès en avait la parfaite prémonition lorsque dans les rues de Lisbonne, il pense que l’occitan est un moyen d’accès à toutes les langues latines méditerranéennes. Que dire de l’amazigh ou de l’arabe demain ? L’urgence est à la reconnaissance, à l’égale dignité et à un rééquilibrage des moyens.

L’Occitanie : terre ancienne de convivencia

La convivencia est un terme qui correspond à la définition suivante : art de vivre dans le respect des différences en terme d’égalité. C’est un concept mais aussi une réalité vécue au 8e et 9 siècle. Un équilibre fragile entre Arabes, Berbères, Juifs et Wisigoths. Alem Surre-Garcia a décrit dans les « Orients d’occitanie » cette époque riche d’enseignements. La bataille de Toulouse se déroule le 9 juin 721 et voit la victoire du Duché d’Aquitaine sur le Califat omeyyade. Cette victoire permet de briser le siège de Toulouse et d’arrêter momentanément les campagnes omeyyades en Europe de l’Ouest pendant un peu plus d’une décennie. Elle marque la défaite de l’Islam en occident et l’arrêt de l’expansion musulmane. Une paix entre les Aquitains et les Berbères est conclue malgré les menaces exercées par les pouvoirs en place à Trêve et Rome du côté des Francs et à Cordoue du côté des Arabes. Pour sceller cette alliance, Munuza, gouverneur berbère de Narbonne, se marie avec Lampégie d’Aquitaine, fille du duc Eudes. Ces épousailles ne plaisent ni à Trèves, siège du commandement de Charles Martel, ni à Cordoue, capitale de l’émir Abd er-Rahman. En 732, Charles ravage les terres de son vieil ennemi le duc. De son côté, l’émir charge son lieutenant de châtier le Berbère, pendant que lui-même marche sur Toulouse. Pourchassé jusqu’en Cerdagne, gêné dans sa course par la jeune femme épuisée, Munuza se donne la mort en se jetant du haut d’un rocher, à un endroit qui porte encore son nom : le rocher de Munuz. Lampégie, elle, est expédiée à Damas, dans le harem du calife.

L’occitan : une langue et une réalité bien vivantes

Fin 2010, la Région lançait une grande enquête sur la pratique de l’occitan. L’objectif ? Déterminer la présence, l’usage et la perception de la langue en Midi-Pyrénées pour permettre à la Région et à ses partenaires d’adapter et d’évaluer à partir de données sûres leurs politiques en faveur du développement de la langue et de la culture occitanes. L’enquête a révélé qu’un Midi-Pyrénéen sur deux a au moins quelques notions d’occitan, mais avec des niveaux variables : si 32 % comprennent le sens global d’une discussion en occitan, 14 % ont un niveau moyen et seulement 4 % sont considérés comme bilingues. Les trois quarts des occitanophones ont appris la langue au sein de leur famille, pourtant 62 % d’entre eux avouent le parler de moins en moins et seuls 25 % l’ont transmis à leurs enfants. Aujourd’hui l’école devient d’ailleurs le biais principal d’apprentissage pour les plus jeunes. Sur 5 000 personnes interrogées par téléphone, Guilhem Latrubesse, conseiller régional délégué en charge de l’occitan, relève que « 74% des Midi-Pyrénéens, de culture occitane ou non, souhaitent conserver cette langue. La plupart des personnes interrogées estiment que la pratique de l’occitan est un signe d’ouverture plus que de repli et sont favorables au développement de son enseignement dans les établissements scolaires. »

(Extrait de Midi-Pyrénées Info- n° 43 – juillet-août 2011).

Recommandations

– le PS soutient la langue occitane et utilise cette langue dans ses publications,
– le PS est favorable à la décentralisation et à la constitution d’un espace de coopération inter-régionale à l’échelle des territoires administratifs de l’Occitanie,
– le PS encourage les initiatives du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne pour la défense et la promotion des langues régionales et minoritaires.

Ressources

– juin 1992 : Charte européenne des langues régionales ou minoritaires,
– janvier 1998 : Rapport de M. Bernard Poignant sur les langues et cultures régionales,
– février 1998 : Rapport d’étape de Mme Nicole Péry sur les langues et cultures régionales,
– septembre 1998 : Etude de M. Guy Carcassonne sur la compatibilité entre la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et la Constitution,
– avril 1999 : Rapport de M. Bernard Cerquiglini sur les langues de France,
– mai 2001, Projet d’intégration dans l’enseignement public des établissements scolaires gérés par l’association Diwan (écoles bretonnes),
– décembre 2007 : le Conseil Régional Midi-Pyrénées adopte un Schéma Régional de Développement de l’Occitan,
– décembre 2007 : le conseil général des Pyrénées-Orientales approuve la Charte en Faveur du catalan qui concerne aussi l’occitan,
– juillet 2008 : Débats de l’Assemblée nationale relatifs à la création de l’article 75-1 instituant que les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France,
– juillet 2009 : le Conseil régional de Rhône-Alpes vote une délibération Reconnaître, valoriser, promouvoir l’occitan et le francoprovençal, langues régionales de Rhône-Alpes,
– septembre 2010 : Loi du Parlement de Catalogne sur la langue occitane, appelée aranais dans le Val d’Aran, lui donnant un caractère officiel en Catalogne et dans le territoire du Val d’Aran,
– décembre 2010 : Proposition de loi relative au développement des langues et cultures régionales, groupe socialiste de l’Assemblée nationale,
– mai 2011 : Question prioritaire de constitutionnalité stipulant que la loi constitutionnelle ne crée aucun droit pour les langues régionales,
– juin 2011 : Proposition de loi relative au développement des langues et cultures régionales, groupe socialiste du Sénat.

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